Schizo
  • Éditeur québécois

Enfant, je recherchais l’absolu, je rêvais d’unité, ce que j’appelais déjà l’Un. Mais pour survivre, j’ai dû apprendre à me compartimenter. Je me rebellais contre la réalité. L’anorexie dont j’ai souffert à l’adolescence a été pour moi une manière d’atteindre la purgation morale ; je me refusais aux changements de mon corps. J’ai commencé à couver la noirceur. Je pleurais en espérant qu’on m’entendrait, mais je ne croyais pas en Dieu. Mes parents m’ont emmenée chez le psychiatre. J’ai pris des médicaments. Ma personnalité a changé. Mes frontières se sont écroulées. J’ai eu vingt ans avec la conviction d’avoir une très vieille âme, une âme usée. Puis, amortie par les tranquillisants, je me suis mise à fréquenter les boîtes de nuit. À ma manière, je recherchais l’extase. J’ai commencé à entendre des voix, des chants plutôt. Malheureuse, je rêvais d’un amour absolu. J’ai été hospitalisée à quelques reprises. Puis le temps a passé. À trente ans, je suis devenue follement amoureuse d’un homme qui se droguait. Déçue, je me suis réfugiée auprès d’un compositeur. Puis tout a été de mal en pis. J’ai enfin vécu une psychose. Ma mère est morte, et c’est alors qu’on m’a déclarée schizophrène. Mais qu’est-ce que la schizophrénie ? Un mal mystique ? Un désordre chimique ? Je n’ai toujours pas de réponse...