Chahar

La directrice de publication toisa Amir avec un regard circonspect, dédaignant volontairement la personne assise à ses côtés qui semblait visiblement se trouver ailleurs, celle-ci n’ayant toujours pas pipé mot depuis qu’elle les avait reçus dans son bureau voici une quinzaine de minutes.
Des histoires étranges, elle en avait déjà lu pas mal, mais cette fois, elle était décontenancée ; elle peinait, malgré ses vingt-quatre années d’expérience, à trouver une cohérence dans les récits envoyés le mois dernier par le gracieux personnage qui se trouvait face à elle, dont l’aspect jurait avec la fonction qu’il prétendait avoir.
— Je ne pourrai jamais publier ceci, à moins que cela ne soit fait sous la forme d’un roman !
Puis elle tourna la tête vers l’insignifiante bombasse brune accompagnant Amir, se disant que le mélange des genres était douteux, et ceci, à tous les niveaux.
— Et comment vous appelez-vous, Mademoiselle ? appuya-t-elle sur un ton condescendant.
Les yeux de la brunette se fixèrent sur elle instantanément comme le regard d’un faucon sur sa proie, et l’intensité de son regard la paralysa.
— Je m’appelle Chahar, et je suis inarrêtable.
Elle ne comprit pas tout de suite d’où lui arriva cette voix glaçante, mais elle sentit chaque veine de son corps rétrécir au point de lui bloquer la circulation sanguine, et dut faire un effort inouï pour prendre sa prochaine inspiration.