Mécanique d’un homme heureux

Sa femme l'a réduit à néant. Alors pour trouver le bonheur, il prépare et justifie méthodiquement son assassinat au tictac d'une horloge. Tomás, ingénieur à la retraite, mène une vie bourgeoise à Bogotá. Il est de ceux qui ont eu la chance d'allier métier et passion. La mécanique est son royaume. Sa femme Regina, quant à elle, a régné en maître sur leur vie de famille. Abordant sereinement la dernière partie de son existence, notre narrateur le dit sans fard : c’est un homme heureux. En rédigeant ses mémoires, il nous livre l’ingrédient clé de sa recette toute personnelle du bonheur : l’élimination pure et simple de sa femme. Mécanique d’un homme heureux est une ode délicieuse à la mauvaise foi et à la perfidie. Darío Jaramillo excelle dans l'art de nous rendre complices de raisonnements justifiant l’injustifiable. Et vous ? Serez-vous aussi l’avocat du diable ?Un roman grinçant d'humour noir dans lequel Darío Jaramillo Agudelo nous dévoile sa vision du crime parfait.EXTRAITJ’observe autour de moi la tristesse générale, et, par simple comparaison, je prends conscience ici de mon bonheur et de son caractère exceptionnel. Curieusement exceptionnel, d’ailleurs, car paradoxalement, il n’est pas si difficile d’être heureux ; je pense même qu’il faut faire plus d’efforts pour être malheureux que pour être heureux. Pour atteindre le bonheur, il suffit de le concevoir comme le mécanisme d’une montre à ressort. Et trouver les mots exacts qui décrivent ce processus est une activité comparable à ma chère pratique de l’horlogerie ; une activité aussi minutieuse et exigeante que la manipulation d’une montre.Cette inquiétude, ce picotement intempestif et récurrent, sans nom et qui s’apparentait à une négligence, n’était finalement rien d’autre que l’expression d’un défi intime visant à me faire rechercher la précision sur le terrain mouvant du langage et à m’inciter à entreprendre la tâche, nouvelle pour moi mais très séduisante, de mettre en mots mon histoire. Une histoire qui mérite d’être écrite parce que je suis un homme heureux. Croyez-moi. Je suis un homme heureux et, dans les pages qui suivent, je me propose de vous raconter comment j’ai atteint ce bonheur.Dit autrement, cette histoire raconte comment j’ai assassiné ma femme, même s’il ne s’agit ici ni d’une confession ni, officiellement, d’un assassinat. D’ailleurs, il existe un certificat médical qui établit formellement les causes naturelles qui ont mené ma femme à la tombe. Je l’y ai accompagnée, avec le visage grave et la dignité du veuf, sans verser de larmes en public, mais suggérant sans suggérer, avec pudeur, des pleurs en fait jamais versés en privé. Personne n’a suspecté, et personne ne suspecte aujourd’hui, que j’aie pu manigancer un plan si parfait qu’il a conduit Regina García, mon épouse durant plus de vingt-cinq ans, à quitter ce monde. C’est donc ce que je vais vous raconter.À PROPOS DE L'AUTEURÉcrivain colombien renommé, Darío Jaramillo Agudelo est né à Antioquia le 28 juillet 1947. Diplômé en économie et droit, il travaille durant plus de 20 ans à la Banque de la République de Colombie. En 1989, il perd un pied à cause d'une balle perdue, ce qui l'amène à considérer un nouveau départ et à se tourner vers l'écriture d'un roman. Darío veut que ses romans aient le même effet sur ses lecteurs que sa poésie. Il est d'ailleurs Lauréat du Prix National de la Poésie 2017 en Colombie pour El cuerpo y otra cosa.